vendredi 22 décembre 2017

Lettre ouverte à Emmanuel Macron, président de la République française

Monsieur le Président de la République Française,
Cher Emmanuel,

Aujourd'hui, nous sommes le 22 décembre. Étant donné mon âge, je ne vais pas plancher sur une lettre au Père Noël.
Par contre, je me suis dit que dans ces circonstances, une petite lettre à votre adresse était appropriée, avant la date fatidique du 25.

Je me permets de me présenter en deux mots, car nous ne nous sommes jamais rencontré.es : je m'appelle Arlette ZILBERG et j'ai adhéré à "En Marche!" quelques mois avant votre élection. Pour vous dire la bienveillance que j'aie à votre égard. Je suis également féministe et laïque, et ce depuis ... si longtemps ..., que je détecte, plus vite que mon ombre, les anomalies/inégalités de traitements liées à l'appartenance à un sexe ou un autre. Et, étant rationnelle, j'en recherche les causes.

Dans mon cas, vous comprendrez bien ma consternation en voyant cette photo circuler dans différents médias. Oh, pas qu'elle soit inhabituelle : vous n'êtes pas le premier président à recevoir ces messieurs représentants des religions. Mais c'est qu'avec cette photo couplée à vos propos sur un éventuel danger de "radicalisation de la laïcité", je me suis sentie interpellée, voire insultée. Et depuis hier, une question me turlupine : ces messieurs vous auraient-ils convaincu de cette ineptie qui serait de penser que c'est la laïcité qui met en danger leurs religions, et pas leurs croyances et leurs pratiques venues d'un autre âge ?

Je n'arrive pas à croire que vous n'avez pas relevé, vous aussi, cette anomalie qui me saute aux yeux en regardant cette photo.

Je n'arrive pas à croire que vous n'avez relevé, vous aussi, l'absence des femmes dans cet aréopage.

Je n'arrive pas à croire que vous ne vous soyez pas posé cette question que d'aucuns qualifieront d’anecdotique ou blasphématoire (mieux vaut en rire ...) : pourquoi les femmes sont-elles absentes ?

Pour finir sur une note humoristique, je vous adresse ce fameux dessin de LUZ, qui lui a eu la chance d'échapper au massacre de Charlie Hebdo par des radicalisés. Je ne vous ferai pas l'affront de vous faire une lecture d'image.

Ah, j'oubliais, bien qu'étant dans mes préparations de Noël, et oui, la laïque que je suis décore sa maison et prépare des cadeaux, j'adore, j'ai envie de partager un vœu avec vous :  que l'année à venir voie notre monde plus mixte et moins révérencieux face aux pressions de ces religieux obscures et le plus souvent obscurantistes, qui continuent d'ignorer que les femmes sont la moitié de l'humanité, et leur refusent l'égalité.

Monsieur le Président, je vous souhaite de passer de très bonnes fêtes, je vous présente mes meilleurs vœux pour l'année 2018, et vous prie d'agréer mes sincères salutations laïques et féministes.

                                                                                                               Arlette ZILBERG.


jeudi 5 octobre 2017

Sonia Nour et affidées : de la confusion des idées à la course victimaire


In memoriam.




Le 3 octobre 2017, suite à l'acte d'un terroriste islamiste Gare Saint Charles à Marseille, Sonia Nour, collaboratrice en mairie de La Courneuve (93), et ancienne responsable de l'UNEF tweetait :


Suite au tollé provoqué par ce tweet, elle justifiait sur son mur Facebook :
" En France, nous avons l'équivalent d'un Bataclan chaque année pour les femmes."

Mis à part l'injure faite aux victimes que constitue la qualification de martyr pour un terroriste islamiste, il est temps de revenir sur cette manie de certaines féministes de faire des décomptes macabres et de les comparer.

Mais d'où vient donc cette manie ?

En 2005, Liliane Kandel* dans un article intitulé Les discours de la confusion volontaire**, soulignait l'écueil dans lequel sombraient déjà certaines féministes telles Catherine MacKinnon et Andrea Dworkin pour qui, du point de vue des femmes, peu importait la distinction entre terrorisme islamiste et oppression des femmes.
Et oui ! Voilà où mène n'avoir pour seule grille d'analyse, que la domination patriarcale. Une impasse intellectuelle.
Tout décompte macabre, ne peut être réduit à une seule cause : la domination masculine.

Oui, il y a une différence entre vivre dans une démocratie où l'on peut se tourner vers un Etat de droit pour demander justice, et un État ou une idéologie, où la loi assujettit les femmes et les punit de mort lorsqu'elles résistent. C'est d'ailleurs pour cette raison que Maurane et Laura, libres dans l'espace public, ont été massacrées à Marseille.

Non, le nombre de victimes du Bataclan, ne peut être ramené au nombre de victimes des violences conjugales car :
- dans le cas du Bataclan, il s'agit d'un acte répondant à la stratégie d'un groupe politique qui s'estime investi d'un devoir, conformément à une idéologie totalitaire qui veut imposer sa loi.
- dans le cas des violences conjugales, il s'agit d'un consensus misogyne depuis la nuit des temps; elles sont punies par la loi dans les pays démocratiques.

Oui, j'affirme que pour une femmes, mieux vaut vivre en France, en Europe et dans les pays démocratiques, plutôt que vivre sous la loi de l’État Islamique, en Afghanistan, en Iran, au Qatar, en Arabie Saoudite, ou même en Turquie.

Mesdames Sonia Nour et affidées, prouvez-moi le contraire !

* Liliane Kandel, membre du comité de rédaction de la revue Les Temps Modernes.

** Les discours de la confusion volontaire 




mercredi 12 juillet 2017

Transition démographique : Macron contre les identitaires !

Ce qui est bien avec les identitaires, c'est qu'ils ne nous surprennent jamais : renversement des valeurs, déni de réalité, et hop ! Ils vous transforment un discours pointant de réels problèmes en discours raciste et sexiste.
Ainsi en a-t-il été avec le discours du président Macron ce 8 juillet, lors du G20, lorsqu'il a pointé "les Etats faillis", la nécessité d'une "transition démographique, l'un des défis essentiels de l'Afrique" et un pays "qui compte 7 à 8 enfants par femme".


macron afrique femmes

Ah, la "bien-pensance" de Politis, de Libé, des Inrocks, toujours prêts à dégainer dès qu'il s'agit de relativiser des réalités qui contredisent l'idéologie qu'ils portent ! Vite, taclons Macron et les "féministes blanches" qui défendent le droit à la contraception et à l'IVG. Vite, accusons-les de défendre capitalisme et colonialisme et de porter un discours raciste !

Mais revenons à la transition démographique, en ayant en tête les projections de l'ONU, d'une planète qui devra nourrir 10 milliards d'habitants en 2050.

Pourquoi nier la question démographique au regard de la finitude de notre planète ?

En Europe, l'inflexion de la courbe démographique a été structurée par l'accès à la contraception et à l'avortement. Elle est corrélée au niveau d'éducation des filles (comme partout dans le monde). Oh, pas que les décisions concernant les politiques de planification familiale aient été prises pour infléchir la courbe démographique. Nul complot capitaliste là-dedans ... Elles furent le résultat des luttes des mouvements des femmes pour maitriser leurs corps.

Passant sur la réalité des luttes des femmes pour leur autonomie, les médias "mainstream" se mettent à accuser "les "féministes blanches" de colonialisme et en appellent à Françoise Vergès, présentée comme politologue et féministe, pour asséner que Macron s'en prend au ventre des femmes africaines.
Mme Vergès préfère négliger que nombre des "féministes blanches" dont une partie des "343" ont soutenu le FNL lors de la guerre de décolonisation en Algérie. Jusqu'à Simone Veil qui s'est investie dans le sort des prisonnier.es du FNL ! Et surtout elle préfère nier, que la solidarité avec les femmes victimes de toutes les oppressions patriarcales dans le monde, fait partie de l'ADN du féminisme.
 
Que Mme Vergès gomme cette réalité gênante pour son propos, est une chose. Mais que des journalistes reprennent ses propos sans y réfléchir, cela interroge sur leur éthique journalistique. De là à penser que ces journalistes ne soient influencés par l'idéologie de la MAFED, ce collectif auquel souscrit Mme Vergès, et qui organise des manifestations qualifiant la France d'Etat raciste, il n'y a qu'un pas. Facilement franchi quand on voit que nombre de soutiens/membres de la MAFED ont "plume ouverte" dans des médias.

Et pourtant cette histoire de transition démographique réduite à un produit "du capitalisme, du colonialisme et du racisme" , ne tient pas la route lorsqu' l'on pense en termes d'émancipation et d'autonomie des femmes.
Partout dans le monde, la voie vers l'autonomie des femmes passe par :
- leur propre maitrise de leur corps à travers l'accès à la santé, aux soins périnataux, à la planification familiale, à la contraception et à l'avortement.
- l'accès à l'éducation
- le respect du principe d'égalité entre les femmes et les hommes, et notamment dans le droit de la famille.

Relativiser, nier ces quelques vérités, et soutenir des revendications culturelles ou religieuses archaïques concernant les femmes, c'est les maintenir dans un système d'opression au regard de leur sexe et de leur origine.
Nier la nécessité de la transition démographique, c'est refuser de penser la finitude de notre planète.

                                                                                   ( Merci à Nathalie Audin pour sa relecture )

Quelques liens pour illustrer mon propos : 



  
http://geopolis.francetvinfo.fr/pourquoi-l-algerie-rend-elle-aussi-hommage-a-simone-veil-148739

http://www.rfi.fr/afrique/20170710-demographie-galopante-une-possible-menace-pays-ouest-africains#